- GARDNER (A.)
- GARDNER (A.)Ava GARDNER 1922-1990Née en 1922 dans un milieu rural de Caroline du Sud, Ava Gardner est remarquée à l’âge de dix-neuf ans par un des «découvreurs de talents» de la M.G.M. Apparemment, le studio n’arrive pas très bien à la situer et se charge surtout de son lancement publicitaire, notamment lors de son mariage avec Mickey Rooney. Avec Les Tueurs de Robert Siodmak (1946), sa beauté singulière prend tout son éclat. Ava Gardner devient star et «love Goddess». Pour la Universal, elle tourne Singapour (1948) et Un caprice de Vénus , sur une musique de Kurt Weill.La M.G.M. lui donne par la suite toutes ses stars masculines pour partenaires: Clark Gable dans Marchandes d’illusions (1947), Robert Taylor dans L’Île au complot (1949), Gregory Peck dans Passion fatale (1949), d’après Le Joueur de Dostoïevski. Dans ces rôles de faire-valoir, son extraordinaire aura gêne en fait quelque peu ses partenaires. En 1951, elle interprète deux de ses rôles les plus forts: la métisse de la comédie musicale Show Boat de George Sidney et surtout Pandora d’Albert Lewin d’après la légende du Hollandais volant. C’est avec ce film qu’elle accède à la puissance du mythe en devenant capable de se sacrifier par amour pour un homme dont une malédiction a rendu fantomatique l’existence. Si Ava Gardner privilégie sa vie de femme aux dépens du tracé balisé par Hollywood, elle tourne pourtant beaucoup: Les Neiges du Kilimandjaro de Henry King (1952), Mogambo (1953) de John Ford, où elle reprend le rôle d’un autre sex symbol , Jean Harlow, Vaquero de J. V. Farrow (1953), un western avec Robert Taylor. Son jeu se précise: l’actrice se distingue par une ironie distante, une classe fulgurante dans des rôles qui ne sont pas toujours à la hauteur de sa démesure. Mais, en 1954, Joseph Mankiewicz va l’immortaliser dans La Comtesse aux pieds nus , évocation presque autobiographique d’une star dont la gloire détruit totalement la vie privée. Comme Rita Hayworth avec La Dame de Shanghaï , ou Martine Carol pour Lola Montès , la distinction entre fiction et réalité apparaît ici des plus ténues.Très marquée par ce rôle, Ava Gardner se fixe en Espagne et devient une cible de choix pour les «paparazzi». Puis elle retourne à Hollywood pour jouer le rôle d’une femme déchirée par deux cultures dans La Croisée des destins (1956) de George Cukor. Elle est encore une femme peu comblée dans Le soleil se lève aussi de Henry King (1957) d’après Hemingway, et incarne la duchesse d’Albe dans La Maja nue de H. Koster, (1959). Dans les années 1960, elle tourne au gré de ses envies, alternant fulgurantes apparitions (Mayerling , 1968) et incarnations de femmes déjà marquées (Les 55 Jours de Pékin de Nicholas Ray, 1963; Sept Jours en mai de John Frankenheimer, 1964; La Nuit de l’iguane de John Huston, 1964). Aventurière, indépendante toujours maîtresse de ses passions, l’actrice semble alors s’amuser à prêter son corps et son visage à ces «Jezebel» caricaturées par les règles de la fiction. Toujours star, elle fait des apparitions éclair, dans Juge et hors la loi (1972), où elle fait revivre Lily Langtry, première femme de théâtre qui ait sacrifié aux rites de la publicité. Même dans des productions hybrides comme Le Pont de Cassandra (1977), ses entrées en scène restent spectaculaires.Détestant le microcosme hollywoodien, Ava Gardner passe à Londres les dernières années de sa vie. Elle aura réussi, à l’instar de Garbo, à faire durer un mythe sans que ses films contribuent toujours réellement à sa célébration.
Encyclopédie Universelle. 2012.